Partie II : Raisons historiques d’une rencontre difficile
Café et croissants
Panel 1 – Président : Ramón Martínez De Pisón
La rencontre difficile du mysticisme et du christianisme
Pierre HURTUBISE, o.m.i.
Faculté de théologie, Université Saint-Paul, Ottawa
« Le christianisme étant la religion de la Transcendance résolue, de la Transcendance dépassée par l’Incarnation du Transcendant est à priori le domaine où le mysticisme a le moins naturellement sa place. Le christianisme est le lieu du mysticisme inutile, puisque Dieu franchit la distance que le mysticisme s’efforce de franchir. Le mysticisme chrétien sera donc dans une situation tendue, puisqu’il frôlera constamment l’apostasie et le blasphème » (Pierre Chaunu, Église, culture et société, Paris 1981). Cette affirmation, à première vue surprenante, d’un des grands spécialistes français de l’histoire du christianisme moderne n’en correspond pas moins à un constat difficilement contestable, soit la méfiance instinctivedont la mystique et surtout les mystiques feront l’objet de la part des autorités ecclésiastiques à partir de la fin du Moyen Âge.
Nous inspirant de l’exemple d’un certain nombre de mystiques ayant eu maille à partir avec lesdites autorités, nous voudrions essayer de vérifier dans la ligne de l’explication suggérée par Pierre Chaunu, mais en la confrontant à la réalité des situations vécues par les quelques mystiques auxquels nous nous intéresserons, jusqu’à quel point les difficultés qu’on leur faisait en haut-lieu partaient bien d’un souci d’orthodoxie ou, au contraire, même quand on invoquait cet argument, ne reposaient pas plutôt sur la crainte institutionnelle réflexe de l’exceptionnel, de l’atypique, en d’autres mots, de tout ce qui ne peut être encadré, contrôlé ou normalisé. Voilà l’hypothèse que nous nous proposons d’explorer à partir des sources et des études existantes sur le sujet pour la période s’étendant du XVIe au XVIIe siècle.
Nous inspirant de l’exemple d’un certain nombre de mystiques ayant eu maille à partir avec lesdites autorités, nous voudrions essayer de vérifier dans la ligne de l’explication suggérée par Pierre Chaunu, mais en la confrontant à la réalité des situations vécues par les quelques mystiques auxquels nous nous intéresserons, jusqu’à quel point les difficultés qu’on leur faisait en haut-lieu partaient bien d’un souci d’orthodoxie ou, au contraire, même quand on invoquait cet argument, ne reposaient pas plutôt sur la crainte institutionnelle réflexe de l’exceptionnel, de l’atypique, en d’autres mots, de tout ce qui ne peut être encadré, contrôlé ou normalisé. Voilà l’hypothèse que nous nous proposons d’explorer à partir des sources et des études existantes sur le sujet pour la période s’étendant du XVIe au XVIIe siècle.
« L’homme passe infiniment l’homme »
Pierre de Béthune, o.s.b.
Prieur du monastère bénédictin de Saint-André de Clerlande, Ottignies, Belgique
Cette pensée bien connue de Pascal exprime au mieux le dépassement auquel nous aspirons. Le mot mystique, même démystifié, semble aujourd’hui irrécupérable, parce qu’il évoque, de façon plus ou moins consciente, une expérience exceptionnelle, un privilège réservé à des âmes d’élite. Mais nous voulons plus de cette spiritualité. Par contre, nous voyons toujours plus clairement qu’il n’est pas possible d’être pleinement (ou simplement) humain sans une ouverture confiante et inconditionnelle vers l’autre. C’est lui qui nous permet d’être pleinement humains. L’autre, l’étranger est autant le mystère en nous que les autres personnes, insaisissables, irréductibles. La démarche d’hospitalité, aussi ancienne et vénérable que la quête d’intériorité, peut aujourd’hui nous guider vers la vie en plénitude.
Liens concernant le conférencier
Vidéo : http://www.vimeo.com/5412330
Entrevue : http://www.bouddhismeenbelgique.be/interview_debethune.html
Vidéo : http://www.vimeo.com/5412330
Entrevue : http://www.bouddhismeenbelgique.be/interview_debethune.html
Panel 2 – Président: Dennis Gira
Pour quoi démystifier la mystique ?
Marc DUMAS
Faculté de théologie, d’éthique et de philosophie, Université de Sherbrooke
Je m’étonne que depuis quelques années on ait recours en philosophie, en littérature ou dans d’autres horizons culturels contemporains à des termes tirés directement de l’univers de la mystique. Certains philosophes réinvestissent en effet ce vocabulaire pour lui donner un tout autre sens. La transcendance semble réduite à l’horizon de l’immanence ; le langage semble maintenant capable de dire l’indicible. Ce phénomène est fascinant, car s’il remet en circulation un vocabulaire et renvoie à des expériences marquantes de la tradition spirituelle, on peut se demander s’il s’agit d’une simple instrumentalisation des richesses de la tradition mystique ou s’il s’agit de l’émergence d’un autre mode du dire théologal pour aujourd’hui ? Une dérégulation du vocabulaire mystique traditionnel implique-t-elle une sécularisation de la chose ou ne permet-elle pas une réhabilitation de la mystique pour aujourd’hui ? Les explorations philosophiques ou linguistiques n’enferment-elles pas l’indicible dans des horizons immanents ? N’est-il pas opportun de percevoir ces travaux comme de belles ouvertures, alors que l’institution est en crise et en perte de crédibilité ? À l’aide d’un exemple ou deux, je voudrais saisir les enjeux de ce type de travail et leurs incidences sur notre compréhension de la mystique.
Le Pur Amour de Madame Guyon : origine et conséquences d’un malentendu
Fabrice BLÉE
Faculté de théologie, Université Saint-Paul, Ottawa
La mystique chrétienne « n'est rien d'autre que la plus profonde appréhension, à laquelle nous puissions être conduits par la grâce ici-bas, des vérités de l'Évangile, des réalités de la vie sacramentelle que le chrétien accepte par la foi et fait siennes par la charité. » (L. Bouyer) Comment alors expliquer la suspicion ou du moins l’indifférence à son endroit dans certains milieux chrétiens ? Il faut remonter pour cela tout particulièrement à la querelle du quiétisme qui a marqué le XVIIe siècle et dont l’objet central est le « pur amour » tel que vécu et enseigné par Madame Guyon et son disciple Fénelon. Cette crise à la fois doctrinale et politique se termina avec la victoire de Bossuet et la condamnation du « quiétisme », mouvement mystique qui prône un état d’union avec Dieu, permanent et affranchi des œuvres. S’en suivirent le « crépuscule des mystiques » (L. Cognet) et la peur de la « fausse mystique » (J. Leclercq) qui sévit encore aujourd’hui. Mais qu’en est-il de ce soi-disant « faux abandon » (R. Scholtus) ? Sommes-nous en face d’un amour impossible né de l’imagination et d’une prétention gnostique ou bien de l’amour évangélique vécu dans toute sa radicalité dont l’Église de l’époque ne pouvait assumer les conséquences à la fois politiques et théologiques et dont celle d’aujourd’hui aurait à gagner à redécouvrir ? Madame Guyon n’est-elle pas encore victime trois siècles plus tard d’un malentendu (J.-H. Walgrave), alors que d’autres mystiques, eux aussi condamnés de leur vivant, ont été réhabilités depuis ? Pour jeter la base d’une réponse à ces interrogations, posons-nous trois questions : 1. Qu’est-ce que le pur amour de Madame Guyon ? 2. Pourquoi s’est-il attiré les foudres de personnalités comme Bossuet ? 3. Pourquoi cette affaire peut-elle être perçue comme relevant d’un malentendu et comment le débat continue-t-il de nos jours ?





