Partie V : Approches interdisciplinaires
de la mystique et de la contemplation
Vers une étude scientifique de l’expérience mystique
Louis-Charles LAVOIE
Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke
Les débats sur la nature de l’expérience mystique ont une longue histoire en psychologie de la religion. Pendant longtemps le point de vue dominant a été celui de la démystification. Ce point de vue considère l’expérience mystique soit comme un phénomène pathologique, soit comme un phénomène lié à des facteurs pathologiques. L’interprétation freudienne, qui voit dans l’expérience mystique une expérience régressive, est exemplaire à cet égard. La première partie de la conférence sera consacrée à examiner quelques auteurs parmi les plus influents de ce courant de pensée. À partir des années soixante, une nouvelle impulsion est donnée à l’étude du mysticisme. C’est désormais sur une base empirique que les chercheurs tentent de fonder leurs recherches. Ils travaillent à se donner une définition scientifique du phénomène et à créer des instruments qui permettent de le mesurer. Ils entreprennent l’étude des facteurs susceptibles d’induire l’expérience mystique. Ils établissent des corrélations avec d’autres indices de religiosité. C’est aux différents aspects de cette nouvelle impulsion que sera consacrée la deuxième partie de la conférence.
Panel 7 – Président : Yvon R. Théroux
L'application de la pleine conscience en psychothérapie
Judith Malette
Faculté des sciences humaines
Université Saint-Paul
Le début des années 2000 a vu naître une nouvelle approche en psychothérapie, celle de la pleine conscience (PC). Cette dite nouveauté se limite à son application dans un cadre psychothérapeutique, car la PC, “mindfulness”, en anglais, provient du mot sati, un terme bouddhiste associé à l’awareness, à l’attention et à l’importance de se rappeler d’être, d’être dans le moment présent. En psychothérapie, la PC enjoint l’aidé à aller vers sa souffrance plutôt que de l’éviter, d’y résister ou de la juger. Paradoxalement, ce processus d’accueil permet subséquemment à l’aidé d’accepter l’entièreté de son expérience, de la considérer comme unique et valable, pour ensuite lâcher prise.
Ce lâcher prise évoque la non-permanence de chaque moment, y compris de ceux qui sont embaumés de souffrance. La PC favorise un changement chez l’aidé dans sa façon de se relier à ses pensées, à ses émotions et à ses sensations physiques. A cette fin, elle inclut des exercices qui permettent à l’aidé de prendre conscience que ses pensées ne sont pas des vérités absolues. Des exercices de méditation, de respiration et de yoga complètent la psychothérapie par la PC.
Nous croyons que la PC offre la possibilité d’une expérience psychothérapeutique où l’aidé apprend à être tout en faisant, i.e. à être conscient de lui-même tout en respirant, tout en bougeant, tout en pensant et en ressentant.
Ce lâcher prise évoque la non-permanence de chaque moment, y compris de ceux qui sont embaumés de souffrance. La PC favorise un changement chez l’aidé dans sa façon de se relier à ses pensées, à ses émotions et à ses sensations physiques. A cette fin, elle inclut des exercices qui permettent à l’aidé de prendre conscience que ses pensées ne sont pas des vérités absolues. Des exercices de méditation, de respiration et de yoga complètent la psychothérapie par la PC.
Nous croyons que la PC offre la possibilité d’une expérience psychothérapeutique où l’aidé apprend à être tout en faisant, i.e. à être conscient de lui-même tout en respirant, tout en bougeant, tout en pensant et en ressentant.
Regards psychosociaux sur les défis de la pratique de la pleine conscience
Christian Bellehumeur
Faculté des sciences humaines
Université Saint-Paul
Pour ceux et celles en quête de paix intérieure, s’adonner à une forme ou l’autre de méditation ou de prière devient une ressource inestimable. En ce qui concerne la vie chrétienne, la prière de centration (Keating), la méditation chrétienne (Main) et la prière silencieuse (Fr. Roger de Taizé) sont autant de voies proposées pour (re)trouver la sérénité du cœur (Grün). La recherche montre aussi que la pratique régulière de la méditation (pleine conscience et transcendantale) favorise le maintien ou l’amélioration de la santé globale. Malgré les bienfaits de la méditation et de la prière, plusieurs personnes, des aidé(e)s et même des initié(e)s, éprouvent diverses difficultés (ou défis) à intégrer au quotidien ces pratiques spirituelles et à se laisser transformer par elles.
Certains se plaignent d’un manque de temps ou de motivation, alors que d’autres prétextent que leur tempérament ne les prédispose pas à ce genre d’activité pourtant si prometteuse. Peut-on approfondir notre compréhension des défis liés à la pratique de la méditation ? Comment favoriser une pratique assidue de la prière ? Nous tenterons de répondre à ces questions à partir d’une perspective psychosociale, en montrant ses forces et ses limites dans une réflexion portant notamment sur la méditation de la pleine conscience et sur la prière silencieuse.
Plus particulièrement, nous ferons référence aux notions bien documentées portant sur la motivation, l’identité et la représentation sociale du temps dans le but de suggérer des points d’éclairage sur les défis d’entreprendre une pratique spirituelle assidue et féconde en contexte nord-américain.
Certains se plaignent d’un manque de temps ou de motivation, alors que d’autres prétextent que leur tempérament ne les prédispose pas à ce genre d’activité pourtant si prometteuse. Peut-on approfondir notre compréhension des défis liés à la pratique de la méditation ? Comment favoriser une pratique assidue de la prière ? Nous tenterons de répondre à ces questions à partir d’une perspective psychosociale, en montrant ses forces et ses limites dans une réflexion portant notamment sur la méditation de la pleine conscience et sur la prière silencieuse.
Plus particulièrement, nous ferons référence aux notions bien documentées portant sur la motivation, l’identité et la représentation sociale du temps dans le but de suggérer des points d’éclairage sur les défis d’entreprendre une pratique spirituelle assidue et féconde en contexte nord-américain.
Panel 8 – Président : Kevin Flynn
L’apport du concept winnicottien de l’espace potientiel à l’étude des textes des révélations mystiques. Le cas de Julienne de Norwich
Holly Ratcliffe
Séminaire diocésain anglican de Montréal
Le concept de l’espace potentiel de D.W. Winnicott, (pédiatre, et psychanalyste de l’école britannique de l’objet relation) vise à comprendre comment le tout-petit enfant développe le sentiment de soi-même ainsi que sa capacité de former des symboles, négocie la séparation de sa mère, et découvre le monde à travers le jeu. Selon Winnicott, la relation de confiance entre l’enfant et la mère est la base qui permet tout ce développement.
Ce concept de l’espace potentiel peut nous aider à mieux comprendre le développement narcissique des mystiques visionnaires à travers une lecture des textes de leurs révélations. La fertilité de ce concept appliqué à ces derniers sera examinée à trois niveaux. D’abord, l’épistémologie du concept de l’espace potentiel nous permet de surmonter le dualisme scientifique entre la subjectivité et l’objectivité des expériences visionnaires, et privilégie le lieu symbolique des révélations comme un troisième espace qui est à la fois intrasubjectif et culturel.
Dans un deuxième temps, ce concept nous offre un outil qui nous aide à reconnaître des signes de maturation narcissique et spirituelle, à travers les textes visionnaires. Dans un troisième temps, l’application de ce concept retient les expériences mystiques et les genres d’écriture des femmes. Enfin, je montre l’apport de l’application de cette approche à l’étude des Révélations de Julienne de Norwich, mystique visionnaire anglaise du XIVe siècle.
Ce concept de l’espace potentiel peut nous aider à mieux comprendre le développement narcissique des mystiques visionnaires à travers une lecture des textes de leurs révélations. La fertilité de ce concept appliqué à ces derniers sera examinée à trois niveaux. D’abord, l’épistémologie du concept de l’espace potentiel nous permet de surmonter le dualisme scientifique entre la subjectivité et l’objectivité des expériences visionnaires, et privilégie le lieu symbolique des révélations comme un troisième espace qui est à la fois intrasubjectif et culturel.
Dans un deuxième temps, ce concept nous offre un outil qui nous aide à reconnaître des signes de maturation narcissique et spirituelle, à travers les textes visionnaires. Dans un troisième temps, l’application de ce concept retient les expériences mystiques et les genres d’écriture des femmes. Enfin, je montre l’apport de l’application de cette approche à l’étude des Révélations de Julienne de Norwich, mystique visionnaire anglaise du XIVe siècle.
Un loisir contemplatif d’inspiration bénédictine au moment de la retraite
Pierre Ouellette
Ecole de kinésiologie et de récréologie
Université de Moncton
Le but de notre réflexion est de montrer comment l’application de la spiritualité bénédictine au loisir des personnes âgées peut favoriser la contemplation, l’union avec Dieu et le bonheur spirituel. En matière de théologie spirituelle, s’unir à Dieu par la contemplation a toujours été le but des voies purgative, illuminative et unitive. Rappelons succinctement que ces trois voies correspondent généralement à la pratique de l’ascèse, des vertus et de la prière contemplative. Par ailleurs, on s’entend pour affirmer dans la pensée aristotélicienne, thomiste et chrétienne que le bonheur est le fruit de l’activité contemplative. En particulier, Aristote soutenait que la contemplation est une voie privilégiée vers le bonheur et qu’elle constitue même la plus haute forme de loisir.
D’une part, la théorie de la gérotranscendance postule que les personnes âgées développeraient une vision cosmique du monde les prédisposant ainsi à la méditation; de l’autre, les membres de cette cohorte d’âge jouissent d’importantes périodes de temps de libre. Dans ces conditions, n’y aurait-il pas lieu de leur proposer d’appliquer les valeurs bénédictines afin qu’elles développent un loisir contemplatif menant à un véritable bonheur spirituel. Comme en témoignent largement les écrits gérontologiques, les aînés ont d'authentiques besoins spirituels, mais bien souvent non comblés. Notre analyse portera donc sur les liens entre la spiritualité bénédictine, le vieillissement et le loisir contemplatif. Des mises en situation et quelques extraits de la Règle de saint Benoît mettront en évidence les applications de la spiritualité bénédictine aux loisirs des personnes âgées.
De plus, nous examinerons les motivations, les activités et les effets de retraites faites par des hommes âgés à Saint-Benoît-du-Lac, le plus important monastère canadien. Enfin, soulignons que le vrai loisir, c'est vivre l'instant présent dans un esprit de repos, de détente, de célébration et de contemplation.
D’une part, la théorie de la gérotranscendance postule que les personnes âgées développeraient une vision cosmique du monde les prédisposant ainsi à la méditation; de l’autre, les membres de cette cohorte d’âge jouissent d’importantes périodes de temps de libre. Dans ces conditions, n’y aurait-il pas lieu de leur proposer d’appliquer les valeurs bénédictines afin qu’elles développent un loisir contemplatif menant à un véritable bonheur spirituel. Comme en témoignent largement les écrits gérontologiques, les aînés ont d'authentiques besoins spirituels, mais bien souvent non comblés. Notre analyse portera donc sur les liens entre la spiritualité bénédictine, le vieillissement et le loisir contemplatif. Des mises en situation et quelques extraits de la Règle de saint Benoît mettront en évidence les applications de la spiritualité bénédictine aux loisirs des personnes âgées.
De plus, nous examinerons les motivations, les activités et les effets de retraites faites par des hommes âgés à Saint-Benoît-du-Lac, le plus important monastère canadien. Enfin, soulignons que le vrai loisir, c'est vivre l'instant présent dans un esprit de repos, de détente, de célébration et de contemplation.

